Paléphate mythographe ?

Mythographie, archéologie et interprétation à la Renaissance : l’exemple du Premier livre des narrations fabuleuses de Paléphate

Actualisé le dimanche 25 septembre 2011

Par Aurélie Plywaczyk - réalisé dans le cadre du séminaire de Mireille Huchon "Poétique et rhétorique à la Renaissance" - 2010-2011

L’ouvrage fragmentaire d’un mythographe grec du IVe siècle avant J.-C. du nom de Paléphate est traduit en français en 1558 à Lyon. Si le sens étymologique du terme « mythographe » est « celui qui écrit ou relate des mythes » (en ce sens, Ovide est un mythographe), concernant Paléphate, ce sens doit être amendé et réfère alors à « celui qui écrit à propos des mythes, les examine et les commente ». Guillaume Guéroult, en charge de la traduction, choisit d’intituler l’ouvrage – que l’on connaît alors davantage sous son titre latin De non credendis historiis –, Le Premier Livre des narrations fabuleuses, avec le discours de la vérité et histoire d’icelles. L’association inaugurale – l’opposition ? – entre le mythe et la vérité annonce avec justesse le contenu d’un ouvrage iconoclaste. Etant donné la vogue des couples synonymiques au XVIe siècle, il est probable que le syntagme coordonné « discours de la vérité et histoire » en soit un exemple. Ce développement ostentatoire et définitionnel du terme « histoire » ne fait qu’accroître l’impression d’une construction antithétique voulue entre la fable « narration fabuleuse » et l’histoire « discours de la vérité ». On retrouve cette opposition dans la méthode et le discours argumentatif du mythographe. Ainsi, à chaque fable exposée, un Paléphate méticuleux appose une version historique de celle-ci, passablement attestée et entièrement déchargée de tout élément merveilleux. La démarche du critique antique est intéressante à plus d’un égard. Loin de relater uniquement la fable que n’importe quel lecteur assidu ou épisodique d’un Homère, d’un Ovide, ou d’un Virgile connaît (ces auteurs sont les principales sources des mythes dont entend traiter Paléphate), il cherche à en découvrir le fondement rationnel et en ce sens, son entreprise confine à l’archéologie étiologique (sonder les mémoires du passé pour découvrir les causes des phénomènes).